Ján Havlík – Janko, comme l’appelaient ses amis – fut un homme fidèle et persévérant jusqu’à la fin. Tout d’abord, fidèle au Christ et à son oui à la vocation sacerdotale et lazariste ; fidèle dans son abandon confiant à la volonté de Dieu ; fidèle à l’Église et au Saint-Père ; fidèle dans l’annonce de l’Évangile, dans l’apostolat et dans la charité ; fidèle dans son travail ; fidèle dans l’accueil et l’acceptation de la souffrance ; fidèle à ses compagnons dans la justice et la vérité ; fidèle dans le pardon.
Janko est né le 12 février 1928 dans le village de Vlčkovany (aujourd’hui Dubovce), aîné d’une fratrie de quatre enfants. La famille vit dans une extrême pauvreté et, dès son enfance, il doit faire des sacrifices pour aller à l’école. En 1943, à l’âge de quinze ans, il mûrit son choix vocationnel : il souhaite devenir prêtre et missionnaire lazariste, afin d’annoncer l’amour de Dieu aux pauvres. Il s’installe à Banská Bystrica, au cœur de la Slovaquie, pour fréquenter l’École apostolique (l’équivalent d’un petit séminaire) de la Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul. En 1948, le coup d’État communiste complique la situation non seulement pour le parcours de formation de Janko, mais aussi pour l’Église catholique en Slovaquie, que le nouveau régime considère comme ennemie du peuple.
En 1949, le régime communiste intensifie ses efforts pour démanteler les Églises chrétiennes en Tchécoslovaquie, en se concentrant sur l’Église catholique, considérée comme réactionnaire et asservie aux puissances capitalistes en raison de sa fidélité au Vatican. En 1950, après l’échec de la tentative de création d’une Église d’État, le régime prévoit d’éliminer les ordres religieux masculins et féminins du pays. Les Vincentiens sont touchés dans la nuit du 3 au 4 mai 1950 : le novice Ján Havlík, avec ses compagnons, subit la déportation, la rééducation communiste et les travaux forcés.
Trois mois plus tard, pensant que la « rééducation » a porté ses fruits, le régime renvoie tout le monde chez soi. Mais Janko reste fidèle au Christ et à l’Église. Malgré le danger, avec quelques confrères, il fréquente un séminaire clandestin, déterminé à devenir prêtre. Les cours ont lieu le soir, afin de conserver une apparence de normalité en travaillant pendant la journée. Cependant, le 28 octobre 1951, la police secrète fait irruption et arrête toutes les personnes présentes, qui restent prisonnières pendant quinze mois, marqués par la violence et la torture, avant le procès qui se déroule du 3 au 5 février 1953. L’accusation est celle de « haute trahison visant à renverser notre système de démocratie populaire ». La sentence est très sévère : Ján Havlík est condamné à quatorze ans de prison, peine réduite ensuite à dix ans. Il est qualifié de MUkL (muž určený k likvidácii, homme destiné à être éliminé). Fermement résigné à la volonté de Dieu, il dit à sa mère : « Nous avons voulu offrir à Dieu le sacrifice le plus saint et maintenant nous lui offrons nos vies sur la patène de l’amour ».
Janko est envoyé dans les camps de travail, contraint d’extraire de l’uranium sans protection. Malgré toutes les brimades, même dans les moments les plus sombres, il reste fidèle à sa mission et se consacre sans relâche à aider ses compagnons, tant sur le plan matériel que spirituel. Son trait caractéristique est son sourire, qui ne quitte jamais son visage, même pendant sa captivité. « Avec son sourire, il rayonnait de paix et d’espoir », témoigne un compagnon de captivité.
Fidèle à l’appel du Seigneur, même en prison, il professe les valeurs chrétiennes et ne cache pas sa vocation. Cette conviction fait de lui une cible. Il est battu, enfermé à l’isolement pendant des mois, contraint aux travaux les plus pénibles (qu’il accomplit toujours avec précision et de la meilleure façon possible, même lorsqu’il n’a plus aucune force physique, comme le soulignent ses geôliers eux-mêmes), interrogé brutalement à toute heure du jour et de la nuit. Ses amis, le voyant souffrir, lui conseillent d’être moins rigide dans son engagement missionnaire, mais pour lui, il n’y a pas de compromis possible lorsqu’il s’agit d’être fidèle à son engagement d’annoncer l’amour de Dieu et d’aider ses frères.
En raison de cette persévérance, il est à nouveau accusé de crimes contre l’État et, en 1959, il est condamné à une nouvelle année d’emprisonnement : son activité missionnaire est considérée comme incompatible avec la « liberté religieuse » proclamée par la constitution tchécoslovaque.
La dernière période de détention est la plus difficile. Surtout en 1958, comme il le rappelle dans ses mémoires, les tortures physiques et psychologiques mettent à l’épreuve sa foi inébranlable. Janko traverse une expérience de profonde confusion spirituelle dont il parvient à sortir dans une fidélité totale à la volonté de Dieu, s’engageant à vivre « comme une prière chaque mouvement, chaque geste, chaque soupir ou chaque respiration ».
Entré en prison à l’âge de 23 ans, il est libéré le 23 octobre 1962, à l’âge de 34 ans. Sa santé est compromise et affaiblie par onze années de souffrances physiques et psychiques, mais dans la communication de libération, les autorités signalent qu’« on ne peut affirmer que la peine ait atteint son objectif de rééducation ». Le temps, les souffrances, les humiliations, la persécution n’ont pas réussi à affaiblir sa foi.
Il passe les trois dernières années de sa vie chez sa mère, consacrant le peu de forces qui lui restent à l’apostolat, accompagnant les enfants de la première communion, visitant les malades, traduisant des textes religieux et écrivant le Chemin de Croix des petites âmes, dans lequel il imagine un enfant accompagnant le Christ au Golgotha. Aucune plainte pour les souffrances incessantes, pour la douleur qui ne le quitte jamais, aucun mot d’accusation à l’encontre de ses persécuteurs. « Il savait faire la distinction entre l’idéologie en soi et les porteurs de l’idéologie », écrit un compagnon de captivité. Il rejette l’idéologie mais accueille tout le monde, même ses geôliers.
Janko meurt le jour de sa fête, le 27 décembre 1965, fête de saint Jean l’Évangéliste, à l’âge de 37 ans, séminariste de la Mission qui a offert le sacrifice de sa vie.
Ján Havlík incarne pleinement ce que le pape François a écrit dans Evangelii gaudium : « Je suis une mission sur cette terre, et c’est pour cela que je suis dans ce monde ». Il a été un disciple missionnaire, là où il a été placé. Dans l’obscurité des puits et des galeries de la mine, il participait à des messes clandestines, aidait à préparer et à distribuer l’Eucharistie, « comme en mission – disait-il – car aucun missionnaire n’aurait pu imaginer un lieu de mission meilleur et plus difficile ».
Dans notre culture du provisoire et de l’éphémère, Janko est un témoin de fidélité et de persévérance. Même pour la vie consacrée, où, comme le répète le pape François, la fidélité est mise à rude épreuve.
Je suis une mission pour la vie des autres : sa vie, offerte « sur la patène de l’amour », est, en particulier pour toute la Famille Vincentienne, l’occasion de renouveler sa fidélité au Christ, à l’Église, au Saint-Père.
P. Serhiy Pavlish, C.M.
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